Une époque terroriste

8 months ago 95

L’assassinat aux États-Unis de Charlie Kirk, un influenceur conservateur pro-Trump, met en lumière un phénomène dont on a du mal à admettre la réalité : la radicalité est une forme d’expression qui s’est banalisée. La violence est officiellement condamnée par la morale commune, mais officieusement acceptée, car elle seule semble obtenir des changements politiques. C’est le raisonnement de base du terrorisme. Qu’importent l’illégalité et l’horreur de l’acte, ce qui compte, ce sont les conséquences qui en découleront. Il y aura un avant et un après. Qu’il s’agisse de la Palestine, de l’Ukraine ou de Daech, la violence apparaît aux yeux de certains comme le seul moyen d’arriver à leurs fins. Plus de négociations, plus de compromis, c’est la victoire totale ou la mort.

Au Nigeria – pays qui n’intéresse personne, bien qu’il soit le plus peuplé d’Afrique, avec 233 millions d’habitants -, des témoins rapportent que des villages subissent des attaques sanglantes d’isla­mistes, et que les chrétiens se convertissent à l’islam pour sauver leur peau. On assiste à une lente et inexorable extension du domaine de la charia, sans qu’aucune force politique ne s’y oppose. Quant à l’opinion publique, qui ne sait pas situer le Nigeria sur une carte, elle semble indifférente à l’islamisation rampante toujours à l’œuvre aux quatre coins du monde.

La méthode de la diversion

Pour tout vous dire, à Charlie, il nous est pénible de reparler de ces questions, car elles nous renvoient en pleine figure notre passé douloureux. Sincèrement, on aimerait ne plus évoquer l’islamisme, mais force est d’admettre que cette question est toujours d’actualité et qu’elle passe trop souvent au second plan face à la concurrence informationnelle comme l’Ukraine ou Gaza. À cela s’ajoute une hostilité assumée à l’encontre de ceux qui voudraient en parler. Ainsi, on apprend que La France insoumise a mis en demeure l’éditeur Plon, qui s’apprête à publier début octobre un livre du journaliste franco-syrien Omar Youssef Souleimane, intitulé Les ­Complices du mal, et qui décrirait les liens de ce mouvement avec les islamistes. Sans porter aucun jugement sur le fond et les informations que contiendrait ce livre, cette réaction véhémente met en évidence le besoin d’intimider et de bâillonner ceux qui veulent parler de l’islam radical.

Il y a la méthode judiciaire, il y a aussi celle de la diversion. Qui consiste à marteler qu’il existe des problèmes plus graves et qui passent bien avant l’islamisme : Gaza, l’Ukraine, le pouvoir d’achat, la taxation des riches et bien d’autres encore. Comme l’extrême droite, dont personne ne conteste la menace pour notre démocratie, mais qu’il est bien utile d’agiter comme une muleta devant le taureau pour qu’il regarde ailleurs. Bolloré, Stérin, CNews, Trump et ses fans assassinés sont autant de bonnes raisons de placer systématiquement l’extrême droite au premier plan pour faire passer l’islamisme au second plan. Les partisans de cette tactique sont-ils aussi opposés qu’ils le prétendent à l’extrême droite, dont la vision rétrograde n’est pas si éloignée de celle de l’islam radical ? Quand on combat véritablement l’arbitraire, on ne choisit pas ses ennemis comme on choisit les plus belles pommes sur l’étal du magasin. On doit les affronter en même temps, avec la même force.

La radicalité a contaminé toute la société et la clive en permanence. Si tu ne penses pas comme moi, tu es contre moi. Et si tu es contre moi, alors j’ai le droit de te flinguer. Le Hamas voulait détruire Israël. Netanyahou vient de déclarer qu’il n’y aura pas d’État palestinien. Et Poutine revendique quasiment la même chose avec l’État ukrainien. La violence, politique ou religieuse, et la mort battent la mesure de nos vies comme jamais. Qui, aujourd’hui, est en mesure de s’opposer à une telle déferlante… sans recourir lui-même à la violence ?

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