Une idée pas si conne que cela

7 months ago 64

Il est toujours difficile de choisir, dans le flot quotidien d’informations, celle qui mérite qu’on s’y attarde. Il y a des événements incontournables par leur gravité et d’autres, plus anodins, que les modes mettent au premier plan mais qu’on a déjà oubliés la semaine suivante. Dans ce capharnaüm d’infos en continu, on retiendra le transfert au Panthéon de Robert Badinter. Une cérémonie qui résonne lourdement dans cette époque où l’antisémitisme se déchaîne de manière totalement désinhibée. Le Panthéon est un écrin qui honore les valeurs fondamentales de notre République et célèbre une conception de l’humanité qui fait consensus, ce qui est devenu rare dans le paysage politique actuel où les partis semblent incapables de s’unir pour faire passer l’intérêt général avant les leurs.

C’est dans ce climat qu’une information qui concerne Charlie est passée inaperçue. Il y a vingt ans étaient publiées pour la première fois par le quotidien danois Jyllands-Posten les 12 caricatures de Mahomet. Quelques mois après, Charlie Hebdo, au nom du droit à la caricature, faisait de même. Personne n’imaginait ce qui allait suivre. Cette publication ainsi que l’attentat du 7 janvier 2015 furent des événements considérables. Aujourd’hui, ils sont devenus des faits historiques. Comment en conserver la mémoire ? Le rythme hebdomadaire du journal, où chaque jour il faut penser au prochain numéro, nous éloigne souvent de cette préoccupation. Or, depuis dix ans, nous avons constaté à travers la France de nombreuses initiatives prises par des citoyens et des municipalités qui ont donné à des rues, à des places et à d’autres lieux le nom des victimes du 7 Janvier.

Leurs idées et leurs valeurs avant tout

Une idée vient alors, qui peut sembler incongrue mais qui mérite réflexion. Et si on transférait au Panthéon un des membres de la rédaction, assassiné le 7 Janvier ? Et si on transférait Charb au Panthéon ? Au moment de l’attentat, il était le directeur de la publication de Charlie et il avait été explicitement désigné par le journal d’al-Qaida comme un homme à abattre. Un journaliste victime du terrorisme au Panthéon, finalement, serait-ce si stupide que cela ? Bien sûr, on trouvera loufoque qu’un dessinateur satirique de Charlie Hebdo bénéficie d’un tel honneur, habituellement réservé à d’anciens ministres et à d’autres personnalités illustres. Mais que transfère-t-on au Panthéon ? Des hommes ou leurs idées ? Leurs idées et leurs valeurs avant tout. Et celles de Charb étaient exactement celles de notre démocratie. À travers un journaliste exécuté pour ses opinions par des terroristes sur le territoire national, une telle décision graverait dans le marbre de notre République l’attachement viscéral du peuple français à la liberté d’expression. En y réfléchissant bien, Charb coche toutes les cases pour s’y retrouver.

Est-ce que Charb aurait voulu qu’on l’y transfère, rétorqueront les grincheux ? Bien sûr que non, comme d’ailleurs toutes les personnalités qui s’y trouvent actuellement. Aucune d’entre elles, de son vivant, ne se levait chaque matin en se disant que son but dans la vie était de reposer au Panthéon après sa mort. Un argument nul et non avenu, donc.

Charb deviendrait aussi un des plus jeunes pensionnaires de ce lieu solennel. Et il n’est pas anodin que la jeunesse voie à travers lui une personnalité qui ne soit pas un monument des siècles passés mais une figure contemporaine. Ainsi se transmettra peut-être aux jeunes la confiance inébranlable que Charb avait dans ses valeurs. Car c’est la seule chose qui compte : transmettre aux futures générations la détermination qu’avait Charb de se battre pour ses idées.

Réfléchissez bien à cette proposition qui ne fera rire que les imbéciles, et vous vous apercevrez qu’elle n’est pas si conne que cela. l

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