Universités d’été LFI. Georges Ibrahim Abdallah, invité d’honneur par contumace

1 month ago 81

En projetant, lors de ses universités d’été, le documentaire de Pierre Carles consacré à Georges Ibrahim Abdallah, LFI a endossé la thèse du cinéaste : un militant communiste est emprisonné en France pendant quarante et un ans pour des attentats auxquels il n’aurait pas participé, un innocent victime de la raison d’État et d’une forme de hargne de la justice en raison de ses convictions politiques.

Rima Hassan apparaît dans le film. Elle est allée visiter ­Abdallah à la prison de Lannemezan, dans les Hautes-­Pyrénées, et a mené une campagne active pour sa libération, intervenue en juillet 2025. C’est donc la ligne politique de l’eurodéputée sur la Palestine qui, chez les Insoumis, se trouve confortée par la promotion de ce documentaire.

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour compli­cité d’assassinat, emprisonné depuis 1984, puis libéré en 2025 et expulsé vers le Liban, Abdallah n’a jamais été considéré comme l’auteur matériel des actes visant un diplomate américain et un diplomate israélien en France qui ont fait des victimes collatérales, notamment deux policiers tués et des élèves du lycée Carnot, à Paris, grièvement blessés. Il a été jugé en tant que complice et responsable du groupe qui a commis les faits, les Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl). Ce qui fait écrire à Pierre Carles, dans Le Monde diplomatique d’août 2020, qu’il est simplement « un militant communiste libanais, qui a combattu l’occupation de son pays par Israël en 1978 ». C’est un peu court.

« Terroriste un jour, terroriste toujours ? »

L’article était titré « « Terroriste » un jour, terroriste ­toujours ? ». Notez la contradiction interne à sa défense : est-ce un terroriste ou un militant qui n’a jamais tué ? Dans un cas comme dans l’autre, personne ne doit passer quarante et un ans sous haute surveillance. C’est vrai des « droits communs » comme des « politiques ». La prison a une fonction de réinsertion. Or les très longues peines sont une « guillotine sèche » : on ressort de cellule fou, totalement cassé ou les pieds devant. C’est sur ce terrain qu’il fallait placer la demande de libération d’Abdallah, pas sur celui de l’apologie de son idéologie et de ses méthodes de « résistance ». Il existe un « droit commun » de 85 ans enfermé depuis bientôt cinquante ans ; un autre, à La Réunion, l’est depuis quarante-sept ans. Pour des faits horribles, mais quelle est, pour eux, la fonction de la prison ? Expier. Leur cas n’intéresse personne puisqu’ils n’ont pas l’« excuse » d’avoir agi pour des idées.

Parmi les « politiques », des membres d’Action directe ont passé vingt-cinq ans au trou. Figure de la branche lyonnaise du groupe, André Olivier a été libéré en 2024, âgé de 81 ans, après trente-huit ans de cellule. La mobilisation politique en leur faveur a été bien moins forte que pour Abdallah, et même nulle pour les Lyonnais. Pourquoi ? Parce qu’il est inassumable de soutenir des Français qui ont tué des militaires, des hauts fonctionnaires, financé la cause par des hold-up ? Parce que, n’étant pas libanais, ils ne peuvent être des icônes des luttes de libération du tiers-monde ? Parce qu’ils se sont fait oublier, alors qu’Abdallah participait, fin juillet à Beyrouth, aux funérailles du terroriste japonais Kozo Okamoto, le tueur de l’aéroport israélien de Lod ?

Non. Parce que la France, dans l’affaire Abdallah, a été mise sous pression, surtout américaine, pour que l’incarcération soit la plus longue possible, et qu’elle a cédé. C’est la France et sa justice que les soutiens à sa cause, à LFI et ailleurs, ont voulu affronter. Ce n’est pas surprenant, mais c’est quand même problématique.

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