« Vous avez pensé à consulter ? » : au procès AFO, le « petit blanc » qui se rêvait « résistant »

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Olivier L. est un veinard. Pour répondre aux poursuites pour « association de malfaiteurs terroristes » qui lui collent aux basques, il a un argument de poids : contrairement aux autres prévenus dans l’affaire de terrorisme d’extrême droite AFO qui s’est ouvert ce mardi 10 juin au tribunal de Paris, il avait quitté le groupuscule fascisant avant l’intervention des forces de l’ordre en 2018. Selon sa logique, il ne participait donc pas aux différents projets fomentés par certains membres, notamment l’élimination de deux cents imams radicalisés ou l’empoisonnement de viande halal dans des supermarchés. Habile. Mais pas suffisant pour le disculper totalement aux yeux du parquet, qui a estimé qu’il « ressort des éléments objectifs et circonstanciés issus des interceptions téléphoniques précises quant à l’idéologie et la volonté d’action violente et ciblée » du prévenu.

Car, rappelons-le, si Olivier L. quitte la petite bande d’apprentis terroristes, ce n’est pas pour faire son mea culpa, mais plutôt pour aller plus loin. Il coupe avec le groupe en fustigeant son inaction et la mollesse de ses leaders. Cette « incapacité a passé à l’action », à « sortir 5 000 euros pour acquérir des matériels ». Lors d’échanges téléphoniques interceptés, l’un de ses comparses le flattera même : « Dans le groupe, t’étais sûrement l’un des plus déterminés. » Et Olivier L. d’acquiescer, pas peu fier.

L’archétype du « petit blanc »

Alors forcément, à la barre, Olivier L. reste bredouille : « Oui, ça, c’est n’importe quoi, effectivement, c’est une erreur, je le reconnais ». Mais il persiste et signe : il n’est pas dans l’attaque, mais bien dans la défense. « On peut en discuter pendant une heure, je ne vais pas faire d’attentats. Tout ce que je dis, c’est que si moi, on m’agresse, je suis déterminé à me défendre, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? », s’emporte-t-il devant la présidente.

Et cette autodéfense qu’il prône, elle aurait une histoire. La sienne. Celle d’un « petit blanc », un « blondinet », un « archétype » qui a grandi dans les banlieues d’Île-de-France. Et pas les plus calmes : la cité des 4 000 à La Courneuve ou celle des Franc-Moisin, à Saint-Denis. Au collège, ce jeune « timide, calme et trouillard » est régulièrement moqué et racketté. « C’est ce qui s’appelle le racisme antiblanc, même si apparemment ça n’existe pas, moi, je l’ai subi », jure-t-il. Et à l’époque, difficile, selon lui, de trouver du soutien chez ses parents. « Ils étaient communistes, ils étaient dans leur idéologie, ce qui les empêchait de voir la réalité. C’est même le principe d’une idéologie, qu’elle soit communiste ou d’extrême droite, d’ailleurs », ajoute-t-il.

Résistant du dimanche

Car, promis juré, Olivier L. n’est pas d’extrême droite. Il ne voudrait pas être placé dans un « cadre », qu’on pose des mots sur ce qu’il pense, puisque ça scléroserait son libre arbitre. Reste, tout de même, ses lectures très orientées : Éric Zemmour, Riposte laïc, Radio Courtoisie, FdeSouche.fr, le Cercle des Citoyens Patriotes… « Vous dites ne pas vous reconnaître dans une idéologie, mais tout de même… », s’étonne la présidente. De toute manière, il suffit de jeter un oeil au dossier pour comprendre les inclinaisons du personnage. Dans le cadre d’autres interceptions téléphoniques, alors qu’un des prévenus lui expliquait qu’il « aurait même déjà fallu qu’on aille dans un coin […] et dès qu’on voit un barbu en kamis là, habillé comme ça, qu’on lui en colle une direct et qu’on en croise deux trois nanas voilées et qu’on leur en colle une », Olivier L. acquiesce.

« On était à une période de nos vies où psychologiquement, on était dans un truc résistance », balaie-t-il. Mais, « ce n’est pas de la résistance, d’en « coller une au premier barbu qui passe » », rappelle la présidente. « Il me semble que c’est ce que la résistance a pu faire, on peut tenter la comparaison », rétorque-t-il du tac au tac. Contrairement au prévenu de la veille, Philippe C., qui expliquait à la barre qu’en rejoignant AFO, il voulait « aider les forces de l’ordre », Olivier L. voudrait s’en passer. « Je ne fais pas confiance à la police, je ne fais pas confiance à l’État, il ne m’a jamais aidé, le système éducatif, c’est bien l’État ? Eh bien, moi, il ne m’a jamais protégé ! », s’emporte-t-il après plusieurs heures à la barre. Il ne se sentait pas en sécurité. Jamais. Et une avocate de résumer parfaitement nos impressions, à la fin de son passage à la barre : « Vous avez pensé à consulter un psy ? »

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